mardi 20 décembre 2011

Acrostiche circulatoire
















Errant dormeur aux poulaillers souterrains
Ne croise pas les regards crus des caméras en rut
Terre tes secrets sous les tonnelles d’acier des préaux
Retiens ton souffle au passage des détecteurs
Et retourne au trou si l’un d’entre eux te prend
Epuisé, à rôder au pied des tours-privilèges

Inoculés de bleu sont les yeux du geôlier
N’imagine même pas pouvoir te tirer de là 
Traversée impossible vers l’indocile rue
Elle qui te tient, te protège à la fois
Renonce. C’est lui qui tient la crosse.
Distendu, le temps se perd, dans les galeries officielles
Ils se touchent en déchiffrant tes tatouages identitaires
Tu le leur rends bien, chaude bête de foire
Effrayant les premiers, excitant les derniers

***

Susurrant ses mots doux à ton oreille glacée
Odieux, le geôlier les fait rouler dans le sang et la sueur :
Regarde-moi, joli spécimen
Tu ne peux pas gicler de tes fers, ils sont miens
Ici c’est le club très fermé des perdus d’avance
Enfers, certainement, mais toujours négociables

Demande-moi ce que tu voudras
En échange, laisse-moi te regarder

S’effleurant d’abord, le geôlier finit par se perdre
En contemplations soutenues et salées
Cristallisées sur les murs de ta cellule
Ou dans les draps qui l’absorbent, sa ronde de nuit terminée
Ultime errance qu’il s’offre avant de sombrer
Regard perdu, jouissance renouvelée, insuffisante
Son corps rompu aux attraits du prisonnier

***

Vertèbres libres jouant sous le derme élastique
Oraculaires sensations dans tes tripes qui se nouent
Il t’a donné la clé
Etrange geôlier qui te vénère, rampant dans sa tranchée

S’il n’avait procédé même qu’à un seul contact
Attouchement ou sévice, tu aurais compris le deal
Ni à l’un, ni à l’autre tu n’eus droit
Seulement à son iris bleu furieusement braqué toi

Il t’aime, errant dormeur aux poulaillers souterrains
Supportant mal l’idée de te partager aux détenus
Sacrifiant les derniers crédits de raison qui lui restent
Unissant cauchemars et fantasmes insensibles
Et vidant un chargeur sur ton corps acéré, il s’assouvit, enfin

Le jeu de l'acrostiche continue : mes trois victimes sont Paul Laurendeau, Daniel Ducharme et Jean-Basile Boutak. Allez-y les gars!

dimanche 11 décembre 2011

Première rencontre


Jan Rohlf, Untitled, from the series All the Guards Asleep


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dragons forcenés au détour d’une nuit sans ailes, les brouillards agiles s’entorsent dans la tornade d’un climat de béton.
Dans le doute, d’incertains cendriers froids se remplissent, tout au long d’une patiente stance qui attend son fumeur.
Des rigoles dégoulinent les hululements des girls, qui piaulent, alarmant le chaland.
Le feulement des néons cuit les façades tendues de nuit qui t’accueillent, pluvieuses.
Fendant quelque foule anonyme et gainée de nylon tissé, de soie et de cuir, tu frôles des bêtes irrépressibles aux talons comme des poignards.
Leurs regards mouillés et dégoulinants font suer des rivières de charmes sur leurs joues rosées, mineures et camées.
Le chef dolent, le cil abaissé, tu masques tes examens, celant sous le professionnalisme, l’avidité.
Le cerbère oblique et black t’a détecté à la volée, et il te cède, en ennemi complaisant, la priorité réservée aux crevures.
Dès lors, les tafeurs de la nuit garderont par devers eux leur joie de vivre.
La déesse du vestiaire te payera d’une froide œillade ton assidu sourire glacé.
Les amas compacts qui s’entrechoquent dans les basses t’ignorent, et leur grâce chaloupée te fait vaciller.
Peu importe : les affaires reprennent.
Des murmures ourdis aux oreilles attentives, d’imperceptibles fixations, des protections engagées, des dettes contractées se succèdent. La routine.
Une espèce de contact programmé et sans intérêt retient seulement ton attention.
Une légère incursion dans un univers étrange et vide, celui du jour. Elle vient de là.
Tu lui jettes quelques sourires de contrefaçon pour te débarrasser de la fade personnification de ton ennui le plus rude.
Mais, curieux de nature, tu enquilles pour évaluer la résistance du spécimen.
Quelque chose se produit, dans cet échange stupide.
Des miroirs qui s’épanchent dans ses gestes, dans ses hésitations.
Des reflets qui se traînent aux contours de sa voix, de ses alcools.
Des résonances qui s’ancrent dans ses silences, dans sa vigilance souterraine.
Des instants fébriles reviennent à eux, à l’intérieur de tes souvenirs vitrifiés, amputés.
De tes dépendances, tu imagines une filière humaine, soustraite à toi, à ta trajectoire-limite.
Tu te prends au jeu de l’exploration adelphique, partielle et tentaculaire.
Tu écoutes.
Tu cherches les fondamentaux, ces pyramides bardées de barbelés qui t’éblouissent et qui te fournissent un prétexte pour rempiler.
Et tu les trouves.

La nuit s’érode et le palier salé du club se tranquillise, fané.
Tu ne comprends pas la stupeur qui luit à sa surface, quand tu évoques vos futurs probables.
Tu avais dû mal régler tes indifférences.

jeudi 8 décembre 2011

, Mais.... le recueil de Richard Monette est sorti cette semaine








Poésie exploratoire et tranchante, Monette nous rend les mots étranges. Un butin subtilement agencé pour faire crever des poches d'émotion tapies au sein du lecteur.

A lire!


 
 
 
 
Glaces
(prise 2)

De l’origine l’épaule rouille l’horizon

L’évolution
De poussières et d’eau sortant ses pas du désert
Égoïste et sans scrupule
Par la naissance des villes,
L’humain de glaces
À coeur caverne
À corps gratte-ciel
À cancer de racines en cimes
Et des organisations sociales,
Recréant (peureux) son environnement
D’idées fières, mais fiévreuses
Dans l’abondance meurtrière d’ornières sécurisantes
Jusqu’à ses enfants calfeutrés
Dans l’ignorance maladive de la santé
C’est son ère sans air
Et sa terre à gale d’asphalte
Hait le monde vivant,
Est sans avenir
Ses rivières décadentes nervures acides

À la mer l’homme mouille la mort
 
 
, Mais... sur le site d'ELP éditeur

vendredi 25 novembre 2011

7 minutes pour un objet inanimé

Jan Rohlf, Along Comes Reality, from the series Strange Attractors




Dans l’habitacle de la voiture, la buée nous blinde
Contre toute
Agression extérieure

Depuis toutes ces heures que je te fixe
Et toi, même pas,
Un regard

(mais ça va changer)

Le jour se lève gris et bleu
Avec son cortège d’atrocités
Et toi

Je peux flairer ton malaise
Jusque dans les recoins
De ta peau

En dessous des vapeurs d’alcool
Et des cendres de cigarettes
Que tu m’as volées

(toute la nuit)

Quand je me penche vers toi
Vicieusement
Pour ouvrir la boîte à gants

Alors s’éclaire ton regard
Quand tu aperçois
Le calibre

Et je ne peux pas m’empêcher
De te regretter
Encore

Acérée
Percluse
D’appréhension et de désir

Je l'aurais voulu
Pour moi
Ce regard

mardi 22 novembre 2011

Ma thèque

Bon. Un braqueur en cagoule m'a menacé de mort (sociale) si je ne répondais pas à six questions sur un meuble. Quand j'ai vu à quel point il était déterminé à ruiner ma vi(e)rtuelle, j'ai décidé de capituler et de cracher tout ce que je savais sur ce meuble. Et ce meuble, c'est ma thèque. Lampe dans la figure, ampoule à filament 250 watts, même pas longue durée :
"Y'a quoi dans ta thèque?
- Euh, dans ma thèque, ben y'a des livres..."
Geste abrupte du braqueur qui ajuste l'abat-jour pour bien vous flinguer la rétine "...Ok, ok... oui alors, une majorité de romans, mais quand même, de la poésie, des bd, des essais, des trucs de socio du temps où j'étais étudiante, des guides de voyage, des livres de cuisine...
- Ta gueule! Question suivante : c'est quoi ton plan?
- Mon plan?
- Ouais, ton putain de plan, y'a toujours un plan."
Sourire mauvais du tueur qui s'asseoit.
" Mais j'ai pas de plan, enfin! Enfin... enfin peut-être que les bouquins les plus récents sont empilés sur les plus anciens et que les bd sont en bas, à cause du poids, mais... je...
- T'aurais pas rassemblé tous les livres de poche, pas vrai?
- Si mais..."
Rire mauvais du sconce...
" Vraiment foireux comme plan. Allez question suivante..."
...qui se lève, et déroule une peau de chamoix sur une table en formica...
 " On passe aux choses sérieuses." ...et en retire délicatement une lame de 12.
"Alors écoute-moi bien, saloperie : ils sont tous à toi, ces bouquins?
- Mais que... qu'est ce que vous allez me faire avec ça?
- A ton avis? Alors, ils sont à toi, ou pas?" La lame brille sous l'éclairage vif du plafond qui sent la cave.
" Non, non... non...
- Non?
- S'il vous plaît, je... laissez moi partir... je vous dirai tout ce que vous voulez savoir... mais laissez moi... y'en a... y'en a qu'on m'a prêté... y'en a... y'en a même qu'on m'a offerts... y'en a... qui sont à... je sais même pas à qui  y sont! ...et y'en a... y'en a que j'ai achetés."
Le braqueur crache par terre en signe de dédain. Il agite le bistouri à usage unique en acier inox pour les chirurgiens les plus exigeants, sous mon nez.
" Achetés. T'es vraiment qu'une raclure.
- Oui je sais. Je sais. Faut me pardonner... J'ai pas pu m'en empêcher. J'suis accro.
- Sale tox de merde. Et tu les as tous testés?
- Ou... oui.
- Putain, tu me fous la gerbe." Le braqueur se rassoit. Le ton est bas, sollennel. C'est pas le moment de déconner.
" Et la meilleure came, elle vient d'où?
- Me faites pas ça, je vous en supplie...
- De toutes façons t'es grillé. T'as aucune chance de t'en tirer. Si tu craches le morceau maintenant, ça ira vite. Sinon...
- Bon. Ok, ça va. Y'a un Japonais, il se fait appeler Murakami, mais on dit que ce type est un phantôme... On est pas sûr qu'il existe vraiment.
- Ouais, j'en ai entendu parler de ton Murakami. Il paraît qu'il peut se fondre dans la foule et ressembler à n'importe quel péquenaud.Genre, j'apprivoise le quotidien pour planquer le fantastique, l'enfoiré de sa mère. Et c'est tout?
- Quoi, c'est tout ?
- T'aurais pas un autre fournisseur dans ta manche là quelque part? Fais gaffe, si tu veux me doubler, faudra t'attendre à dire bonjour à mon p'tit pote le meilleur ami du chirurgien...
- Ok, ok. C'est bon, C'est bon. Voilà : y'a un Français.
- Je m'disais bien. Y'a toujours un Français dans l'histoire. Allez, crache.
- Il fait de la poésie.
- L'ordure.
- Mais il est mort.
- Merde. Putain, les morts, ils font chier. Allez donne toujours son nom. J'pourrais peut-être me taper les ayant-droits.
- Je pense pas non, ils sont très puiss..." Baffe dans la gueule.
" T'es pas là pour penser, saloperie! Allez crache! Crache!
- Eluard... Eluard... F'il vous plaît, arrêtfez... f'il vous plaît...
- J'arrêterai quand j'en aurai fini avec toi, sale merde! Eluard, bordel, j'aurais dû parier: y'a que les sacs à merde dans ton genre pour se farcir les surréalistes. "
Le braqueur tourne en rond comme un lion en cage. Il est chaud. Il ne va pas lâcher. Il attend de se calmer pour se rassoir, rajuste la lampe, par réflexe.
" Tu m'as pas tout dit, là.
- Quoi? Non. Si! Si, je vous ai dit tout ce que je savais!
- Non, non, non, chantonne le braqueur, il en manque un! Le book ultime, le truc qui te fait triquer ta race, genre île déserte, tu vois...
- Non. Laissez moi maintenant... Non.
- Hors de question, mon p'tit lapin! Si tu réponds pas, tu vas passer un sale quart d'heure, ça c'est garanti.
- Non.
- Mais c'est qu'il se rebelle, le bisounours. Alors tu veux goûter à mon acier inox pour professionnel exigeant? C'est ça que tu veux? T'es vraiment sûr?
- Va te faire mettre, braqueur.
- Bon." 
Vous voulez savoir comment tout ça s'est fini?
Cette nuit-là, j'ai eu de nouvelles hallucinations, je voyais la réalité, qui est le plus puissant des hallucinogènes. C'était intolérable. J'ai un copain à la clinique qui a de la veine, qui voit des serpents, des rats, des larves, des trucs sympas, quand il hallucine. Moi, je vois la réalité. Je me suis levé, j'ai allumé l'espoir, pour faire un peu clair et moins vrai. Une allumette je veux dire. N'avouez jamais.
 E. Ajar, Pseudo, p79.

Ceci est ma réponse à un petit jeu lancé sur Twitter et par lequel il nous est demandé de répondre à 6 questions sur notre bibliothèque personnelle et de relancer ces questions à 3 autres Twitteurs/euses.
Mais évidemment, tout le monde peux participer. Pour obtenir le libellé exact des questions en plus d'un exemple bien tourné, rendez-vous ici : http://alabergerie.wordpress.com/2011/11/21/tag-ma-bibliotheque/ Le braqueur se reconnaîtra...

lundi 14 novembre 2011

Cosmicomedia : le tome 3 est sorti

Il est assez invraisemblable de retrouver, au fin fond du cosmos, une entité comme le Baron Samedi. Car après tout, c’est un loa, c’est-à-dire un personnage terrien, issu et nourri de croyances terriennes. Et le voici, hôte attentionné de voyageurs lointains ; ceci peut mettre la puce à l’oreille. En plus, il a demandé, tout comme le nocher Charon, qu’on lui raconte des histoires. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Pendant ce temps, le Ciel continue de tomber sur la Terre, et les anciens dieux préparent un nouveau déluge. Lucas et ses amis, perdus au loin de toute normalité, vont maintenant être éduqués avant d’être relâchés. Mais relâchés où ?

Qui est, en définitive, le Baron Samedi ? Pourquoi entraîner des touristes à devenir des athlètes imperturbables ? Dans quel pétrin nos héros vont-il, d’un coup de pouce divin, finalement être fourrés ? Pour y faire quoi ? Et Niko, appelé à vivre « dans un lieu bien triste, seul plus longtemps qu’aucun être humain », qui le consolera et quel sera ce lieu ?

Cosmicomedia tome 3 apporte évidemment des réponses à ces quelques questions qui, somme toute, sont un petit peu annexes, mais aussi et surtout il cloue le bec à la fatalité de notre époque : la bataille, la peur et la colère, la destruction et l’échec, la complication croissante de toute chose… ne tiennent pas devant ce qui, au bout du compte, ne peut qu’émerger.

Vous verrez des gens chanter au milieu des bombes, et boire du champagne ; il y aura des insectes énormes et attentifs, une invraisemblable collection de monuments, un cauchemar qui se matérialise, une tempête qui repliera l’un sur l’autre deux endroits très éloignés, et qui pilonnera une île envahie de singes naufragés galopant par les rues et les sentiers, couverts de mousse savonneuse et le cœur rempli de fureur indignée (tiens tiens). Vous visiterez les arcanes, vous toucherez du doigt le code des choses, mais aussi vous contemplerez en leurs démesures les agissements d’un cactus fou et de divers ministères sans foi. Et en plus de tout ça, il y a une bibliographie car ceci est un livre sérieux, qui vous mettra le nez dans la plus intense des contradictions de notre époque. Dénouez-la.

Extraits en ligne
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vendredi 21 octobre 2011

Si mes jours étaient aussi dangereux que tes nuits V : détruire la parole


Jan Rohlf, Sans titre, 
de la serie "All the Guards Asleep"



Ils ont peur, tous
Au bout du fil, Simon est inquiet
Sa voix, modulée par le doute
Est une rareté

Dans le taxi je me convaincs de penser :
A quoi bon?
Ils ignorent tous la vacuité de l'appel
Cette magnificente perte de temps

J'harnache le sol mouillé d'un hangar
Les garçons me font une haie d'honneur
Comme à la foire
Je suis l'agent du merveilleux





Je détecte le silence des douilles giclées
Sous les odeurs mouillées de poudre
Et des agonies
Eteintes par ton expérience de tireur confirmé

Ils fixent sur moi leurs regards allumés
Saturés par l'espoir que je saurai
Pompier subtile
Noyer l'incendie qui te broie

Que te faut-t-il pour t'interrompre
Joli poids-lourd lancé à pleine vitesse
Sur l'accomplissement servile d'une cruauté
Qui saigne?

Comment faire pour les satisfaire tous
Ces enfants armés jusqu'aux yeux
Et qui hésitent
A te faire la peau?

C'est parce que tu ne respectes pas
Les termes du contrat
Que tu as signé
Qu'ils te respectent

C'est parce que la vie
Pour toi
Est une mauvaise blague
Qu'ils t'admirent

C'est parce que tu ne leur laisses
Aucune chance
De se défiler
Qu'ils te protègent

C'est parce que tu ne te lasses pas
De les désirer
De leur faire payer ça
Qu'ils t'aiment

Ils sont, au fond
Mieux armés que moi
Pour tenter quelque chose
Mais ils figent, glacés par ton ambivalence

Il t'arrive d'oublier la menace que tu exerces
Sur un quelconque adolescent
Pour te consacrer au nouveau venu
En renfort

Et c'est moi
Que ton geste imprévu
Surveillé par chacun
Rencontre

Tuer un messager
Dit-on
Porte la poisse
S'il délivre une mauvaise nouvelle

Moi je dis
Qu'il faut tuer la mauvaise nouvelle
Avant toute chose
Quand tu me regardes

Elle est pour moi, cette lumière
Qui filtre à travers tes yeux déliés
Et clairs
Remplis de défonce

Le temps suspendu
Pèse comme la lame plate du hachoir
Sur les épaules des jeunes hommes
Qui nous fixent

La couleur du matin qui n'a pas fini de pisser
Et le froid qui domine les volumes
Rendent presque tout rire
Impossible

Et pourtant
Le tien
Ténu
Se fraie une voie

Ta voix experte
Mais lassée par les mises à mort
Fuse en ma direction
Réjouie

Qui t'a appelée
Petite soeur
Est-ce que c'est Simon
Cette raclure ?

Je ne réponds pas
C'est évident
Il y des trahisons qui ne se méritent pas
Et Simon est un ami

Allez, petite soeur
Cette bande d'étrons minables
Ne vaut pas la peine que tu te donnes
Dis-moi

Je serre les dents
Et souris
Passer à autre chose
Est depuis toujours ma spécialité

Il faut bien en commettre
Quelques stratégies
Pour échapper au monstre
Caché sous son lit

Regarde-les faire dans leur froc
Insistes-tu
Tu attends que je parle
Ils attendent que je parle

Tous autant que vous êtes
Rompus aux arcanes de la menace
De l'intimidation et de la loi du plus fort
Vous attendez que je parle

Toi, pour cracher un nom
N'importe lequel
Au point où tu en es
Les cadavres sont devenus interchangeables

Eux, pour rompre le sort
Qui les tient chevillés à tes humeurs
Car comme le dit Simon
Je sais trouver les mots

Mais il se trompe
Détruire la parole
C'est ce qu'il faut
Pour survivre en ton arène

Si mes jours IV
Si mes jours III
Si mes jours II
Si mes jours I


mardi 18 octobre 2011

Cosmicomedia : qui a une histoire a produire est le bienvenu ici

ÉLP éditeur, la maison d’édition transatlantique 100% numérique, est fière d’annoncer la parution du deuxième volume de Cosmicomedia : Qui a une histoire à produire est le bienvenue ici.

Le début de ce millénaire est celui de tous les défis. Historiquement, il sera difficile de trouver un moment plus passionnant à étudier : la biosphère s’effondre, les puissants se goinfrent comme jamais l’on ne s’est goinfré, l’humanité s’appauvrit en conséquence, les espérances s’essoufflent. Presque partout la police est devenue la première puissance d’oppression, loin devant les mafias, et protège des systèmes si ouvertement corrompus que l’usage des mots nobles par lesquels ils se définissent devient un exercice bien salissant pour l’esprit novice qui croit encore en la vertu des dictionnaires, et qui se retrouve la langue tachée de mensonges. En plus de tout ceci, une étoile a explosé et déverse sur nos têtes une mort subtile.

Tandis que, dans le monde des vivants, une extinction de masse a débuté, Lucas et sa troupe découvrent stupéfaits l’immensité des strates et des sens, des significations et des messages qui se déploient derrière la porte noire qu’ils viennent de franchir. L’univers d’au-delà est un énorme abîme. Au cœur de ce pays brûlant et compliqué danse un singulier personnage, un loa dont voici l’antre. Chacun de ses gestes semble être une manigance, chaque parole une moquerie. Mais lui, le danseur malin, il est aussi un indice, un espoir lancé, une volonté dressée contre l’obtuse fatalité. Alors, puisqu’ici l’on se livre et l’on se dévoile jusqu’au nu de son être, des vérités seront dites, qui emprunteront, pour être mieux reçues, le chemin des métaphores et des paraboles.

Cosmicomedia est le roman de la rentrée par excellence. Celui par qui l’homme du 21 e siècle retrouve sa dignité. Et ce deuxième volume le confirme aisément.

Né en France au milieu des années soixante, Allan Erwan Berger, grand baratineur depuis qu’il sait causer, a découvert, après quelques décennies passées à être normalement sérieux, qu’il avait envie d’écrire plutôt que de courir après un travail – et de s’étioler en conséquence. Puisque de toute manière la bourse reste vide, à quoi bon s’abîmer la santé ? Amusons-nous, ça vaudra mieux ! Donc voilà ; cap sur la littérature et ses merveilleux nuages. L’horizon s’ourle de rose, le ciel se peuple de figures.

Lien vers la fiche d’auteur d’Allan E. Berger sur ÉLP éditeur

Lien vers la librairie Immatériel où on peut se procurer cet ouvrage au prix de 5 € ou 7 $

mercredi 28 septembre 2011

Le sannet des framboëses

Fais attention à toé, les branches i sont piquantes.
Eï là, mange-les pas toutes. Gardes-en pour faire d’la tarte.
Les grosses pis les sucrées, j’te dis qu’ç’pas long qu’i partent
Dans c’te margoulette là. Ris pas, maudite gourmande.

I fait-tu assez beau soleil rien qu’un tit peu ?
Le fourrage est ben long, ça t’coupe-tu le gras des jambes ?
I pleuvra pas bétôt sua montagne à c’qui m’sembe.
Tu veux-tu que j’te mette une marguerite din chveux ?

R’garde la grosse roche là bas. On va s’assir dessus
Pis on la mange tu suite, not’ canisse de framboèses.
La tarte ? Ah, c’est pas grave. I sont ben plus bonnes crues.

On est-tu ben icitte, loin du troube pis du monde.
J’va t’ôter tes souliers, tes smelles sont pleines de glaise.
Pis j’me dmandais… ça t’tentrais-tu d’devnir ma blonde ?

Sonnet déclamé par Pacifique SansFaçons dans Le Pépiement des femmes-frégates de Paul Laurendeau
ELP éditeur, 2011
Vers le livre...

mardi 20 septembre 2011

Si mes jours étaient aussi dangereux que tes nuits IV : détester les adieux

Jan Rohlf pour l'album Dedications de Klimek






Abandonnés, nous traînons nos carcasses sur le trottoir
Le bar se vide, peu à peu,
lumière et substance humaine
Nous continuons à nous mentir
avec plus de conviction
Nous savons que dans l'ombre,
nos mensonges prennent une autre saveur
A cette heure de la nuit il n'est plus temps pour les mots clairs
Mais pour les tentatives de corruption


Nous ne nous connaissons pas
Nous ne nous comprenons pas
Nous nous observons seulement,
avec la curiosité des animaux en cage
Nous avons un notaire en commun, un héritage
Organique et salé
C'est ce qui nous trouble secrètement

Cette nuit n'est pas à nous, mais nous l'avons forcée
En réparation de notre ignorance préméditée
Ils nous ont cachés l'un à l'autre, ils nous ont menti
Ils nous ont privés l'un de l'autre
De cette réponse positive à cette question anodine
Que se posent les enfants entre eux

La solitude
Toute notre vie, nous l'avons crue vraie
Mais nous n'étions pas seuls
Nous n'avons jamais été seuls
Et maintenant nous attendons
Que l'autre esquisse le prochain mouvement
Le mouvement acéré et radical de l'égarement

Nous sommes ivres dans le silence de la nuit
Nous nous dévorons des yeux
Pour détruire la solitude qui nous habite
Les passants nous prennent pour des amants
Ils ne font pas attention à nous
A cette heure, il n'y a plus que des amants dans les rues

Nous sommes déterminés
A tracer entre nos peaux cette trajectoire-limite
Corrosive et dérangée
Peu importe le jeu auquel nous jouons maintenant
Mille plateaux éperdus
Sauront nous satisfaire

Tu tends vers moi une main pleine de défi
Il n'y a plus de place pour les négociations
Le temps perdu corrode nos gestes d'enfants non réalisés
Les transforme en tactique de l'avidité
Qui galvanise notre sens de l'aveuglement
Et tout est sans limites

Lien vers Si mes jours III
Lien vers Si mes jours II
Lien vers Si mes jours I

lundi 19 septembre 2011

Cosmicomedia 1 : Montrez-nous que vous n'êtes pas des buses

En ce début de millénaire, alors que presque tous les humains de toutes les nations se retrouvent finalement dépouillés de la moindre possibilité d’agir, ne serait-ce qu’une seule fois, selon un libre-arbitre vrai ; alors qu’ils n’ont plus d’autre horizon qu’un lent naufrage de tous leurs rêves, plus d’autre futur qu’une perte, plus d’autre espoir qu’une révolte dont on sent, aujourd’hui, enfler la marée coléreuse, nous disons qu’il est l’heure de regarder vers notre passé, et d’observer, dans celui-ci, tout ce qui nous a détournés du bonheur simple de vivre sans éclats et sans peines, sans épuisement et sans désespérance.

Car, en première approximation, depuis que l’Histoire existe, personne ne s’est jamais saisi de ce merveilleux bonheur, si tranquille et si peu clinquant, si peu exigeant, auquel, très légitimement, aspirent et ont aspiré toutes les familles, tous les êtres humains, tous les êtres vivants du globe.
Cosmicomedia est né tandis que notre monde commençait à basculer vers les gouffres d’une manière tellement sensible que de partout ont été lancés des cris d’alarme, et non plus seulement depuis quelques rares endroits. ÉLP éditeur publie aujourd’hui ce roman bizarre et inquiétant, alors que tout peut-être est déjà pesé, en un hommage appuyé à cette humanité magnifique qui, depuis les lointains débuts de l’esprit, a cherché ce gentil bonheur, bricolé des solutions pour s’en rapprocher, rêvé des morales civiques et individuelles, combiné des Constitutions. Grâces lui sont ici rendues ; ses œuvres sont les plus belles décorations de notre vie.

Un mur aujourd’hui se dresse, vers lequel on se précipite, fouettés de frayeurs diverses, d’avidités, de folies aveugles. Mais, comme l’a annoncé Hölderlin il y a bien longtemps – il n’y avait même pas de téléphone, et les nouvelles se traînaient à la vitesse d’un hérisson : « Quand le péril croît, croît ce qui sauve ». Dans ce mur, il y a une porte. Et cette porte est ouverte. Des gens l’ont déjà franchie, et cherchent à cet instant même à en élargir le passage. Ils ont pris des masses, ils vont frapper ! Les aiderez-vous ?

Cosmicomedia est le roman de cette porte, de ces masses, et du fracas des coups que nous pourrions donner avec elles, pour autant que nous en arrachions le pouvoir – car j’ai bien l’impression qu’il n’est plus temps de rester polis.

Tome 1 : Montrez-Nous que vous n’êtes pas des buses.
Sortie le 15 septembre 2011, en ePub et pdf.
Tome 2 : Qui a une histoire à produire est le bienvenu.
Sortie le 13 octobre 2011, en ePub et pdf.
Tome 3 : Éduqués et bagués, Nous les avons relâchés.
Sortie le 1o novembre 2011, en ePub et pdf.

Lien  vers le livre sur Immatériel 

dimanche 28 août 2011

Le pépiement des femmes frégates sorti cette semaine chez ELP éditeur

Prenons de la hauteur, pour cette rentrée, et filons à travers deux siècles au-dessus de la Province de Kébek – anciennement colonie du Bas-Kanada – entre le lit de la Rivière Mille-Berges et celui du Fleuve Montespan. Le pays est merveilleusement croqué par Paul Laurendeau dans son nouveau roman, le fantastique Pépiement des femmes-frégates, qui est un récit de rencontres surnaturelles, quand le monde se partage entre individus pourvus ou dépourvus d’ailes.

Et d’abord, mais qui sont-elles, ces femmes-frégates ? Eh bien, en premier, elles sont furieusement belles. Peau rouge vif, silhouette humaine élancée, ailée de noir : de l'image du diable Paul Laurendeau s’est emparé et a réalisé des figures hiératiques et subtiles, dont la puissance visuelle n’a d’égale que leur virtuosité au vol. Elles constituent une espèce particulière qui vit sur les hauteurs, au-dessus du monde des hommes qu’elles côtoient, avec intelligence. Bien entendu, les femmes-frégates ont leurs mâles, négatifs des femelles en leurs couleurs, mais équivalents en beauté ; ils sont cependant subordonnés à leur gouvernance. Cette société est douée d’une forte cohérence bien ancrée dans la tradition complexe, et la langue, essentielle, imaginées par Paul Laurendeau, mais souffre de problèmes démographiques. C’est ici qu’interviennent les hommes et femmes sans ailes, vous l’aurez deviné, nous, pauvres humains.

Surprenants, ces humains, inattendus. Dans un monde comme celui de Laurendeau, ils se montrent souvent effrayés bien sûr, par ces apparitions qui ont de quoi choquer quelques chrétiens, mais ne cherchent pas pour autant à détruire l’espèce volante, qui les fascine au moins autant qu’elle les émerveille, alors que les femmes-frégates les enlèvent pour les chahuter à l’occasion de leur fameuses chasses-galeries. Il en découle des relations particulières, marquées par la curiosité et le respect mutuels. C'est rare et précieux, même dans la littérature.

Planez donc, et mélangez-vous. Sans vouloir trop en dire, seulement assez pour dévoiler quelques magnifiques couples en embrasements. C’est clair : le potentiel de séduction des hommes et femmes frégates joue en cela beaucoup et fait pas mal rêver… les hommes et les femmes sans ailes. Pas de dominance hétéro-normée, par ailleurs, on respire ! Ainsi les genres se partagent et se fondent entre eux, sans valorisation d'un modèle au détriment d’un autre. C'est un éloge à la rencontre et au non conformisme, qui refuse la punition à ceux et celles qui s'engagent du côté de la voie de l'amour étrange(er). Encore une fois, découvertes, curiosités, respect, malgré l’intrigue qui met en péril une espèce, tout de même.

Et c’est ici ce en quoi ce livre tient le plus du merveilleux. Une cohabitation possible. Une alternative à une sordide réalité qui exploite et détruit l'altérité. En ceci, il faut relever que Laurendeau est proche de la proposition d'Allan E Berger dans Cosmicomédia, roman trilogique, total et fantastique, mais dans un tout autre genre, à découvrir l’automne prochain chez ÉLP éditeur. Ce sont deux auteurs qui font des essais de l’espoir, lui rendent ses lettres de noblesse, sans faire de bon sentiment.

Paul Laurendeau, en distribuant les rôles, a fait enfin du langage un personnage de premier plan, sur plusieurs perspectives. Langage passerelle entre frégates et sans ailes, langage enjeu de pouvoir à l’intérieur d’une même communauté, langage symbole des relations de genre quand les truchements se conjuguent au masculin. Autre prouesse de ce linguiste de métier, il a fait le choix de l’authenticité en travaillant avec la langue québécoise, amplement, sans concessions. Résultat : une véritable découverte pour les non-initiés, et des perles langagières pour les gens du cru. Dans les deux cas, la poétique de cette langue épate et confère à son récit une dimension supplémentaire, immersive. On ressent mieux encore la région elle-même, son climat, ses forêts, ses rivières, ses villes, ses gares (aux tours fameuses) et ses cimes abruptes qui sont les territoires des extraordinaires femmes-frégates. C'est une langue qui se prête à l'imagerie et aux sens, une langue immédiate, qui sait se faire entendre et accepter.

Les femmes-frégates prennent ainsi leur envol à la fin de l’été, ciselées par un homme sans ailes, mais qui, c’est certain, passa du temps en leur compagnie sur les sommets de pierre qui les abritent, à écouter leurs voix soyeuses aux énigmatiques pépiements. À prendre au vol, absolument.

Pour lire un extrait c'est ici
Le livre est accessible chez Immatériel  ici

mercredi 24 août 2011

Si mes jours étaient aussi dangereux que tes nuits III

Se plaindre n’était pas dans sa nature. Elle leur souriait en leur révélant qu’il s’était exercé sur elle avant de perfectionner son art sur eux. Le banc crasseux qui accueillait ses confidences ne morflait pas à l’écho de ses inflexions cruelles et désabusées. Elle connaissait la douleur. Les éphèbes l’écoutaient comme la voix parfaite d’une pythie abstraite et délurée. Ils espéraient trouver une clé, une réponse à l’énigme qui leur tordait les entrailles, étincelantes lorsque l’un d’entre eux tombait, éparpillé par les combats de rue dans lesquels ils étaient jetés.

Ils couraient en tous sens, lestes et affutés comme des sportifs de haut niveau, voués à crever la gorge pleine de sang, sur les ruines du Diamant. Le quartier était leur, n’était l’ombre du Disjoncteur qui ruinait leurs après-midis de défonce pour venir les perforer dans les recoins des arrière-boutiques de luxe qu’ils avaient investi. Leur plaque ne les protégeait de rien, car ils étaient rayés des listes des bons et agrafés sur celles des mauvais, avec leurs portraits en quadrichromie sur les murs dévoyés. Ils étaient une cible. Une cible qui se défendait plutôt bien.

Elle leur racontait la fin du monde qui avait démarré dès l’enfance, pour elle comme pour lui. Elle leur expliquait comment la tension prenait corps en eux, comment elle en faisait des ombres qui annihilaient leur propre perfectibilité par la fusion prosaïque, à savoir : comment, les doigts baignant dans son sang à elle, il parvenait encore à désirer quelque chose. Quelque chose de plus. Ils se faisaient peur, en l’écoutant. Elle les faisait rêver tandis que ses apparitions à lui se faisaient plus rares, plus ardues, plus dévastatrices. Ils essayaient de se dire qu’il ne venait pas pour tuer au hasard, au détour d’un plaisir hargneux. Ils essayaient d’imaginer que ce ne seraient pas eux, les prochains à dégringoler comme des pantins, du ciel d’où patrouillaient maintenant, jour et nuit, les hélicoptères.

Même le Disjoncteur s’en étonna : ils se laissaient faire, ces garçons, se laissaient déchirer, défoncer, mutiler, anéantir, par ce cacique déliquescent qui n’appartenait, en définitive, qu’à elle. D’après ses observations, tout ce qu’ils désiraient, à leur âge, c’était ressentir leur vertige privé et indolent.

vendredi 19 août 2011

E-book Friday

Numériklivres expérimente et propose chaque vendredi une sélection de livres à 0.99 euro.

Au-delà d'un geste promotionnel c'est un geste politique en direction de ceux qui voudraient faire payer au lecteur un livre numérique le même prix qu'un livre papier.

A méditer en allanet faire un tour sur : http://www.numeriklivres.com/

jeudi 18 août 2011

Elp éditeur en remet une couche... avec son blog

Depuis le 11 août, c'est le petit dernier de la constellation médias de l'éditeur transfrancophone interatlantique (à moins que ce ne soit l'inverse) qui a pointé le bout de son nez (de son pixel, devrais-je dire).

Elp éditeur, le blog(ue) sert de porte-voix plus informel et désordonné que le site, aux acteurs de la maison d'édition, qui pourront ainsi, grâce aux commentaires, répondre à toutes sortes de questions, interpellations, défis et remontrances des lecteurs. Le blog(ue) servira également de rampe de lancement pour la nouvelle saison littéraire qui s'ouvrira tout très bientôt prochainement avec Le pépiement des femmes-frégates, dernière oeuvre de Paul Laurendeau qui vous fera planer avec des diablesses peu communes au dessus des cimes québecoises. Un voyage dont je vous reparlerai.




En attendant, pour vous informer et pour réagir, consultez le blog(ue) ! http://elpediteur.wordpress.com/

mercredi 27 juillet 2011

Homme gisant


Michetz, sérigraphie















« Bien. Fais procéder ta torpeur chatoyante au devant de moi, comme une offrande – mieux, un sacrifice – Bête aliénée aux charmes étranges et irrépressibles, que je te ravage.
- Un corps ?
- Déchire le ciel de tes cris sauvages de fauve écharpé, d’animal brisé, de bétail agonisant dont les sonorités abondent sans être entendues.
- Un cadavre ?
‑ Remue et écartèle ce qui te reste de muscles et de tendons, sous la tension que je t’inflige avec grâce et avec perfection, dans les angles morts des nuits sans issue.
- Un esprit ?
- Lutte. Lutte vainement. Cherche ton souffle sous la pression de ma paume de granit, immense et inéluctable, douée de vie et de mort sur ton amas de chairs exsangues.
- Une pensée ?
- Cherche l’issue invisible et condamnée qui se dessine en ton esprit délabré sous l’action de ma semence, produit du rétiaire souverain dans l’arène que je nous ai choisie.
- Un réflexe alors ?
- Succombe, fais-moi ce plaisir, succombe alors, encore et encore, au souvenir de notre collision si douce, à la souillure, à la certitude du tort qui ruinera ta peau comme ma sueur à cet instant.
- Un réflexe de survie.
- Personne ne viendra.
- C’est tant mieux : je n’ai pas besoin d’aide pour t’égorger. »
La fillette déguerpit dans la ruelle, ramassant ses chaussures et son sac à main, insecte agile et bien armé.

vendredi 22 juillet 2011

Si mes jours étaient aussi dangereux que tes nuits II ou Méta 5 : le cube


Martin Vaughn-James, The Cage, 1975















Assise sur le banc de plastique moulé, largement beurrée, elle tient entre ses mains un bloc de cristal de forme étrange – pas tout à fait cubique – qui crache des éclats de lumière dans toutes les directions. Elle a échoué, silencieuse, dans cette station de métro, à laquelle s’arrêtent encore les lignes de nuit. Elle ricane un peu, manipulant le cube de cristal, dont elle ne sait manifestement pas quoi faire. Elle porte un robe noire – la petite robe noire des foires à fantasmes – et des escarpins signés. Elle est soigneusement apprêtée. Elle approche la quarantaine. Elle est fine et musclée. Son visage est sévère.

Elle s’est évadée d’une cérémonie. Sur le cube de cristal est gravé au laser le titre de la récompense ainsi que le nom du lauréat. Sa tête s’égare par saccades ensommeillées et des boucles retombent régulièrement sur ses tempes. Elle porte des perles. Un bracelet de nacre et d’argent. Rien de bien extraordinaire. Elle a déjà eu du mal à penser aux bijoux. Elle observe, malgré la torpeur qui l’envahit, et malgré la nausée, depuis son quai désert.


Elle observe quatre hommes qui se font commerce sur la plateforme d’en face. L’un d’entre eux est assis, comme elle, sur la banquette de plastique moulé. Les trois autres l’encadrent, l’encerclent, comme des fées, comme des chacals. L’homme assis porte un blouson de toile verte élimée et des baskets bon marché. Il a l’air aux abois. Ses traits sont moyen-orientaux ; il peut-être turc, peut-être iranien. Ses grands yeux noirs aux cils démesurés sont largement ouverts et se déplacent avec volubilité d’un interlocuteur à l’autre. Il respire la peur. Il n’a pas trente ans,  mais l’épuisement, la tension et l’appréhension lui en donnent dix de plus. Les trois autres s’étagent entre vingt-cinq et quarante ans. Les deux plus jeunes, blouson de cuir marron et bleu nuit, jeans de marque, dernières baskets de la saison, fanfaronnent et menacent l’homme au blouson vert en parlant assez fort. Ils se foutent de sa gueule, l’humilient. Ils lui tournent autour en multipliant les gestes brutaux. Ils aboient. 

Le plus âgé porte un costume gris clair. Il se tient debout derrière la banquette en plastique moulé, juste dans le dos de l’homme au blouson vert. Son comportement est très différent des deux autres. Le regard baissé, quasiment immobile, il ne dit presque rien, ou alors, parfois, un mot, très doucement, en contrepoint. La femme sur le banc, qui entend très bien toutes les belles paroles des deux types en blouson, ne peut pas savoir ce que dit le troisième.  

Après avoir largement insulté et intimidé leur client, les deux plus jeunes se calment et laissent l’homme au costume faire. Posant délicatement ses deux mains sur les épaules de l’homme au blouson vert, il se penche à son oreille et lui murmure quelques phrases inaudibles pour le reste de l’assistance. Les yeux de l’homme au blouson vert s’écarquillent. S’il a offert jusqu’à présent le profil de l’homme traqué mais combatif, essayant par moments d’interrompre les deux pitbulls, il voit à présent le ciel s’ouvrir devant lui. 

Au même moment, l’un des garçons, le blouson bleu, a repéré la femme qui joue toujours avec son cube de cristal  sur le banc d’en face, de l’autre côté des voies. Un peu intrigué par l’objet qu’elle détient, un peu agacé par les reflets qu’il balance dans toute la station, il jette un œil des deux côtés, se lance dans la tranchée qu’il traverse, leste et rapide. Il veut jouer. Il émerge, face à la femme, qu’il accoste sans manières : « Hey, c’est quoi ça ? » Il lui arrache le cube des mains. La femme grommelle quelque chose d’incompréhensible. Elle a l’air contrarié. 

Le blouson bleu déchiffre à voix haute l’inscription du cube : « Ta ta ta, Prix Machin Chose… Un prix !... Décerné à Elisabeth Stansf… » Il s’interrompt, relit l’inscription à mi-voix. Il jette à la femme un regard soupçonneux. C’est toi Elisabeth S ? Elle hoche la tête gravement. Le blouson bleu se retourne vivement, tenant le cube entre ses mains comme un ballon de rugby. « Hey, Stan ! » L’homme au costume gris relève la tête sans se presser. Il n’a pas l’air particulièrement content d’être interrompu dans l’exécution de son petit laïus privé. Le blouson bleu tient toujours le prix, cette fois-ci à bout de bras, vacillant un peu, hésitant sur l’à propos de son intervention. L’homme en costume le fixe avec intensité, sans manifester d’impatience, mais en lui faisant sentir, à sa manière, que ce n’est pas le moment de déconner. Le blouson bleu baisse les bras et finit par tenir le prix en berceau entre ses mains jointes, les paumes humides. Il stabilise sa position et dit d’une voix douce et soumise qu’il essaie cependant d’affermir comme il le ferait avec ses abdos : « Elle a le même nom que toi… » Les dernières syllabes se perdent dans un silence atterré et confus.  

L’attention de l’homme en costume glisse alors comme un projecteur de mirador, obliquement, du blouson bleu vers la femme affalée sur le banc, qui a croisé  les jambes et qui tient son bras droit sur le dossier, replié, pour soutenir sa tête qui pèse des tonnes. Si on le connaît bien, on peut repérer un très léger mouvement de surprise, détectable à la tension qui s’opère au niveau des omoplates. Le regard perle opère alors un tour d’horizon de la cible avant de se fixer sur le visage aux yeux clos. Il attend, trois, quatre secondes. Les yeux clos de la femme s’entrouvrent et se referment. Puis s’ouvrent finalement, chassant le sommeil qui couve. Elle semble découvrir l’endroit où elle se trouve. Puis, d’une façon irréelle, lente, elle pivote, balaie du regard l’entier de la station. Quand elle tombe sur lui, le mouvement s’arrête et le regard se fixe, également. Elle attend. 

C’est le moment que l’homme au blouson vert choisit pour tenter une sortie. Il a juste le temps de s’éjecter du banc et de faire cinq pas en direction de l’escalator avant de se faire faucher par le blouson marron, qui s’était approché des rails pour mieux voir le cube, et de se faire immobiliser par un coup de pied dans l’estomac. Le fugitif termine plié en deux sur le béton peint, et gémit doucement. Le blouson marron se tient désormais près de lui, le tient à l’œil. 

L’homme au costume gris n’a pas bougé un cil, toujours occupé par la femme en robe noire. Il attend aussi. Il est le plus patient des deux : lassée par cet échange infertile, elle dévisse et hausse les épaules en tâtonnant autour d’elle à la recherche de son sac qui a glissé à terre. C’est une pochette rouge sang. Elle maugrée quelque chose. L’homme au costume gris réagit : il lui fait un très léger signe du menton. Elle s’arrête de chercher, son regard tombe, à ses pieds, sur la pochette rouge sang. Qu’elle ramasse comme elle peut. Il sourit en l’observant. 

Le blouson bleu se sent de trop. Il connaît assez bien l’homme au costume pour savoir qu’il ne doit en aucun cas, et en aucune manière, déranger l’échange qui va suivre, ni interagir avec la femme sur le banc : il n’existe tout simplement plus. Peut-être même, déjà, le fait de lui avoir arraché le cube des mains, est-ce trop ; peut-être qu’il va le payer. La femme le fait flipper. Il connaît ce sentiment : elle a quelque chose, quelque que chose de lui. Ils ont ce truc en commun. Et ce truc, c’est pas le meilleur morceau.  

Elle tient sa pochette serrée entre ses doigts blancs, qu’il fixe avec avidité. Il sourit toujours, ce sourire des jours où il faut bien que quelqu’un ramasse. Elle sait qu’il hésite encore entre deux attitudes qui ne sont pas complètement opposées. La différence entre l’une et l’autre, c’est la victime. Puis son regard s’éclaire d’une lueur nouvelle, claire, douce, opaline, parfaitement destructrice. Elle sait qu’elle n’a plus rien à perdre : « T’es un bel enfoiré, toi. » La nuit ne fait que commencer.


Si mes jours I ici
Si mes jours III ici
Si mes jours IV ici

Méta 1 à 4 sur ELP


mardi 19 juillet 2011

Si mes jours étaient aussi dangereux que tes nuits I

Martin Vaughn-James, The Cage, 1975
Dans les atermoiements du miroir, il se relève
Un instinct de dévoration rythme
Comme la bande son de ses nuits
Les séquences syncopées de ses visites
Aux fourgues, aux dealers, aux macs, aux putes

Aucun regard qui ne soit programmé
Pour intimider
Ou pour fuir

Aucun mouvement qui ne soit esquissé
Pour défendre
Ou pour nuire


Une vie de codes
Des heures d’échanges vides
Plus aucun rêve
Qui ne vienne se briser
Sur l’échancrure
D’un décolleté
Ou la trainée blanche
D’une voie lactée
En provenance
De Colombie

Par camions entiers

Si mes jours II

Si mes jours III
Si mes jours IV

samedi 25 juin 2011

Offre estivale d’ÉLP

Un geste concret pour la promotion de la lecture numérique

ÉLP éditeur, une maison d’édition québécoise 100% numérique, vous offre,
pendant toute la durée de cet été 2011, les douze titres correspondants à sa première saison littéraire à un prix d’ami.
Une manière concrète de faire la promotion de la lecture numérique.
Vous adorez dévorer des livres pendant l’été, mais vous respectez la majesté séculaire de nos forêts.
Les douze ouvrages de fiction (romans, nouvelles, poèmes) d’ÉLP éditeur, d’une valeur totale de 58 euros ou 82 dollars canadiens ou 69 francs suisses, vous sont laissés pour 29 euros, 40 dollars ou 34 francs et ce, uniquement pour la période estivale.

Des pages et des pages de lecture passionnante, sans jamais en tourner une,
en déchirer une, en froisser une, en façonner une dans la pulpe chimique et criminelle qui tue nos beaux arbres. À vos liseuses et tablettes, voici le détail de cette offre mirobolante de type package deal :

01- A.E. Berger : Voici les morts qui dansent [nouvelles]
02- Thierry Cabot : La Blessure des Mots [poèmes]
03- Daniel Ducharme : Le bout de l’île [roman]
04- Daniel Ducharme : Le sourire d’Hélène Châtel [nouvelles]
05- Sinclair Dumontais : Onze nouvelles [nouvelles]
06- Nicolas Hibon : Quatre-vingt printemps [roman]
07- Aline Jeannet : Impuissant vs Insoumis [roman]
08- Paul Laurendeau : Adultophobie [roman]
09- Paul Laurendeau : Se travestir, se dévoiler [roman]
10- Paul Laurendeau : L'Assimilande [roman]
11- Josianne Massé : Merci à ces hommes qui ont fait de moi une lesbienne [roman]
12- Amélie Sorignet : La Branleuse [roman]

Total du bouquet : 58,50 euros, soit 82 dollars canadiens, soit 69,50 francs suisses.
Ainsi, du 24 juin au 31 août 2011, ÉLP éditeur vous propose l’ensemble pour 29 euros ou 40 dollars, ou 34 francs suisses, une économie de près de 50%. À vous d’en profiter.

Lien vers la page d’ÉLP éditeur où l’on peut se prévaloir de cette offre :

mercredi 15 juin 2011

Thierry Cabot : La blessure des mots

ÉLP éditeur termine sa 1e saison littéraire en beauté


Le 6 juin 2011 ­– ÉLP éditeur, une maison d’édition d’origine québécoise à vocation transatlantique 100% numérique, publie son 12e titre : La blessure des mots de Thierry Cabot.
Voici un puissant recueil de cent trente poèmes versifiés, armaturés, ciselés. La blessure des mots est un exercice solidement formulé et généreux dans la forme, tout en s’avérant empreint d’une tristesse intimiste dans le fond. Vieillissement, mort, amours racornis, perte de la foi, futilité du fond des choses, modernité en capilotade, religiosité déchue, métaphysique dérisoire. On sent tous les effluves délétères du bilan de vie et de l’apposition des cachets sur l’huis ligneux d’une époque. Mais c’est quand même un bilan de vie qui chante, qui psalmodie, qui récite en cadence et qui voit, à l’œil nu, la musique, comme on voit, inexorable, le grain ferme et froid d’une gueuse de fer.


Thierry Cabot nous confirme que la poésie versifiée est toujours avec nous. Il cultive l’alexandrin, le décasyllabique, l’octosyllabique, le demi-alexandrin et bien d’autres formes versifiées aussi. Thierry Cabot salue explicitement ses maîtres: Villon, Ronsard, Vigny, Hugo, Nerval, Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, Rimbaud, Nelligan, Apollinaire, Valéry, Michaux et Char. Les ancêtres sont bel et bien là. Ils font sentir leur présence à chaque page de ce recueil. C’est triste, c’est cuisant, c’est grandiose. La force d’évocation de ces textes est absolument remarquable.


Thierry Cabot est né en 1958 à Toulouse. Il s'adonne à la poésie depuis l'âge de quatorze ans. Diplômé en Sciences de l'éducation, Thierry Cabot assume depuis 1990 des fonctions de direction, de formation et de conseil dans le champ de l'économie sociale. La blessure des mots est son premier recueil publié à ce jour.


La blessure des mots est en vente chez Immatériel sur : http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782923916309/la-blessure-des-mots

vendredi 27 mai 2011

Narcisse incorporated

un miroir sombre avec à l'intérieur un corps de femme
revêtu d'une robe de soirée noire et lamée
dont le décolleté s'échancre sur son ventre

tu t'approches d'elle dans la glace avant de comprendre
qu'elle n'est qu'un reflet que tu ne peux pas posséder
et d'autre part que ce reflet c'est toi

alors tu te demandes comment tu peux bien faire
pour soulager l'incendie qui te ravage
et tu t'efforces de faire de ton mieux

c'est plutôt laborieux
comme envol

à ton réveil le corps mouillé
tu te dis qu'il est bien difficile de jouir
en rêve
mais pas impossible

mercredi 25 mai 2011

Tentative d’auto-motivation raisonnée (ou lisez bien la notice d’emballage)

Il se trouve toujours un moment dans la nuit
Où tu te surprends à déconner, propre en ordre
Peu importe qui crie, qui tente, quand tu fuis
De sauver ce qui reste de ton fameux désordre

Ce peut être un ami qui vient à la rescousse
Un amant, un poisson, un livre ou un pétard
Tu essaies plein de choses, quand les dogues à tes trousses
Te mangent les talons, pour flinguer ton cafard

Et pourtant, il suffit d'apprivoiser la bête
De lui donner ton miel, et ton cerveau aussi
En prenant surtout soin de lui donner des miettes
Pas de trop gros morceaux, hein! Fais bien gaffe ici !

Allez, fais-pas cette tête ! Tu as des jours meilleurs
Qui font la queue chez toi leur ticket à la main
Un coup gratuit au stand pour tirer ta douleur
Un tour de train fantôme avec un être humain ?

Peut-être que tes nuits ne sont pas assez tendres
Pour explorer les noirs méandres des tes peurs
Le sang, finit tu sais, à jamais par s’épandre
Emportant vers la mer tes restes de terreur

jeudi 12 mai 2011

Des routes et des rails

Je prétextai un achat urgent à faire au drugstore voisin pour les abandonner. Un truc de fille. Ils me laissèrent aller car ils n'étaient pas assez méchants pour laisser une fille pisser le sang sur sa chaise en pilotant des caméras de sécurité à distance. Ça devait les dégoûter un tout petit peu quand même.

Il pleuvait, je pris donc la voiture.

Ils ne se doutaient pas que je tournais la clé dans le contact avec la ferme intention de les planter là, avec leurs caméras de surveillance à gérer tous seuls. Je me suis sentie libre de prendre des vacances. C'était ça ou j'en massacrais un.

Au moment où j'arrivai à l'hôtel, il s'arrêta de pleuvoir. Le soleil même apparut et fit un saut dans le bleu de la piscine. C'était un motel plat, à un étage et moquette rouge partout, avec personne dans aucune chambre, à part moi et un vrp en bout de course.

Je me suis assise au bord de la piscine avec mon sac à mes pieds. Et j'ai laissé la pression descendre, jusqu'à ce que mes mains arrêtent de trembler et que ma nuque se décrispe un peu.

Le premier soir, je vidai le minibar et achetai encore de l'alcool. Le motel était situé à deux pas de l'autoroute, dans une plaine morne et inintéressante. Il n'y avait rien à voir dans les alentours, pas même une mine désaffectée ou un camp de réfugiés.

Ils essayèrent de me contacter. Je ne répondis jamais et éteignis mon portable. Je ne voulais pas entendre leurs lamentations et leurs menaces roulées dans la farine. Je ne voulais pas de leur argent qui puait la semence lyophilisée. Je ne voulais plus les regarder se pencher sur n'importe quelle surface plane avec ensuite dans le regard, des étincelles ineptes et desséchées.

Après deux jours, je repris le volant, et roulai sans m'arrêter jusqu'à la côte déchiquetée, salubre, aux cormorans qui criaillaient dans la tempête.

Je préférai la route au rail.

mercredi 4 mai 2011

Merci à ces hommes... est le 11e titre d'ELP éditeur

ÉLP éditeur, la maison d’édition transatlantique 100% numérique, publie son 11e titre : Merci à ces hommes qui ont fait de moi une lesbienne de Josianne Massé.




Montréal, sur le «prestigieux» Plateau Mont-Royal, une jeune femme lutte avec elle-même et le monde pour mettre en place son identité. Elle vit avec un homme plus vieux qu’elle, brillant musicien, artisan créatif, noceur alerte. Mais la relation s’enlise, perdant graduellement son ardeur et sa passion. Cette jeune femme, qui s’identifie par un simple Je, ressent une pulsion l’attirant de plus en plus fortement vers d’autres... De relation en relation, nous avancerons donc alors, avec elle, le long de l’inexorable dégradé émotionnel et sexuel la conduisant tout doucement vers son lesbianisme. Dans Merci à ces hommes qui ont fait de moi une lesbienne, le Bacardi coule à flots, la pression des pairs agit et vous saisit comme un éther vif, la jeunesse se brûle par les deux bouts. Elle chemine, en pénétrant encore et encore le sillon social dans la fente humide de la plus ancienne des blessures. Mais l’univers superficiel des fêtards montréalais début-de-siècle et les jets, clics et déclics des cyber-dragouilleuses, toutes intégralement tributaires de la nouvelle net-normalité, ne l’emportent dans leurs tourmentes si jeunes, si éphémères, si tragicomiques que pour mieux asseoir sa sagesse et sa compréhension radicale de l’une des grandes crises existentielles de notre temps tertiarisé, mondialisé, uniformisant: celle, inégalée, inouïe, du rapprochement intellectuel, émotionnel, sensuel et sexuel des genres… Je ne suis pas lesbienne parce que je n’ai pas trouvé l’homme pour moi. Je suis lesbienne parce que j’aime les femmes. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’aime les femmes. Les hommes, je les aime différemment.





Josianne Massé est née en 1979 à Montréal. Au cours de la dernière décennie, elle a écrit pour un journal de quartier humaniste, pour un webzine culturel et pour un portail techno. Son écriture coup de poing lui vaut de multiples éloges dans l’antre de la blogosphère québécoise. Merci à ces hommes… est son premier roman.





Lien vers la fiche d’auteur de Josianne Massé sur ÉLP éditeur : http://www.elpediteur.com/auteurs/j_masse.htm





Lien vers la librairie Immatériel où on peut se procurer cet ouvrage au prix de 5 € ou 7 $ : http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782923916989/merci-%C3%A0-ces-hommes-qui-ont-fait-de-moi-une-lesbienne





Fondé à Montréal en 2005, ÉLP est un site d’expressions littéraires (http://www.ecouterlirepenser.com/) qui regroupe une vingtaine de collaborateurs en provenance du Québec, de Suisse et de France. Au printemps 2010, l’équipe étend ses activités en mettant sur pied une maison d’édition 100% numérique – ÉLP éditeur – qui compte déjà onze titres à son actif.

mardi 26 avril 2011

Quatre-vingt printemps de Nicolas Hibon est le 10ème titre d’ÉLP éditeur








Ils sont sept. Ils se prénomment Janine, Mario, Josiane, Joseph, Émilienne, Fulgence, Émilien. Ils sont d’horizons divers : certains viennent de France, bien entendu, mais d’autres ont passé par le Portugal, la Pologne et le Sénégal pour en arriver là… Ils ont des trajectoires différentes : brocanteuse, mécanicien, femme au foyer, homme de lettres… Mais ils ont quelque chose en commun : ils sont vieux, très vieux même, et logent tous à l’Hospice du Soleil, un établissement qui porte le nom sinistre de CHSLD au Québec, c’est-à-dire de centre hospitalier de soins de longue durée. Mais contrairement aux pensionnaires habituels de ce genre de maison, nos vieillards ne s’en laissent pas imposer. Et cela fait d’eux des délinquants, des rebelles, voire des révolutionnaires… de quatre-vingt ans !

À notre époque, il ne fait pas bon faire de vieux os. Confinés comme d’antiques souvenirs au troisième étage de l’établissement qui les accueille, nos héros attendent la mort… Enfin, pas tout à fait. Entre parties de poker et plans de guerre en vue de damner le pion au personnel dirigeant de ce CHSLD qui terrorise les pensionnaires, nos vénérables et téméraires vieillards n’ont pas l’intention de se laisser faire. Et ils ne sont jamais à court d’idées pour améliorer l’ordinaire bien maigre que leur propose l’hospice. Jusqu’au jour où leurs petites combines de vieux délinquants prendront une tournure plus… politique.

Quand les anciens se déchaînent, qui s’attendrait à la révolution des déambulateurs et des marchettes ? Un livre attachant et plein d’humour dont la fraîcheur vient surprendre en ces temps de culte de la jeunesse.

Installé en Guyane depuis 1987, Nicolas Hibon partage son quotidien avec sa compagne javanaise et ses deux filles. Après avoir beaucoup voyagé, il a trouvé en Guyane un pays authentique où il a pu dérouler son hamac. Quatre-vingt printemps est son premier roman, mais des dizaines d’autres reposent en ses tiroirs…

Lien vers la fiche d’auteur de Nicolas Hibon sur ÉLP éditeur : http://www.elpediteur.com/auteurs/n_hibon.htm

Lien vers la librairie Immatériel où on peut se procurer cet ouvrage au prix de 5 € : http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782923916279/quatre-vingt-printemps

Fondé à Montréal en 2005, ÉLP un site d’expressions littéraires (http://www.ecouterlirepenser.com/) qui regroupe une vingtaine de collaborateurs en provenance du Québec, de Suisse et de France. Au printemps 2010, l’équipe fonde une maison d’édition 100% numérique – ÉLP éditeur – qui compte déjà dix titres à son actif.

jeudi 14 avril 2011

Quand t'attendre

De vieux chevaux hantent mon sommeil Quand tu n’es pas dans mon lit Je soutiens que toi Tu ne dois pas te tuer à la tâche Alors que moi Je dois Je dois quoi ? Créer, produire, régler, Etre parfaite Parfaitement éveillée Par ton lointain coup de pédale Dans la nuit qui s’effondre Le matin retenu, encore Se fait menaçant Une nouvelle absence Non justifiée Je me souviens maintenant Des retours fébriles et précipités à minuit Et des silences épuisés Dans un sourire

mercredi 23 mars 2011

Ce dont je me souviens de Cremaster 3 sans l'avoir revu

Il est debout, sur la rambarde blanche du monument circulaire
Qu’on doit à un architecte célèbre
L’Apprenti

Il s’apprête à sauter

Sa bouche est comme une plaie
Et le sang qui la redessine, informe
Tranche singulièrement avec le saumon du tartan dont il est revêtu

Il est debout sur la rambarde blanche du monument circulaire
Et les danseuses de music hall qui l’attendent en bas
Dans la piscine intérieure
Rient

Les musiques sont mixtes
Fanfare et dark métal

Quand il saute, ce sont elles qui l’accueillent dans la mousse
Les danseuses
Etourdi, un peu, il secoue ses cornes et se lève
L’Apprenti

Il est prêt à grimper